Déroulement de l’éducation d’un chien d’assistance Handi’Chiens

Lorsque je vous parlais de l’association Handi’Chiens, je n’ai fait qu’effleurer le sujet. Je vais vous expliquer le déroulement de l’éducation d’un Handi’Chiens du choix du chiot jusqu’à sa retraite ! Eh oui, eux aussi ont le droit à une retraite bien mérité 🙂 Il y a 4 étapes principales, le choix du chien, la vie en famille d’accueil, la vie en centre et la remise. N’hésitez pas à voir un résumé de ces étapes, expliqué par Handi’Chiens. De mon côté, je vais tenter de vous les détailler un peu plus.

Après avoir fini d’écrire cet article, je me suis rendu compte qu’il est vraiment long par rapport à ce que j’écris d’habitude (mais intéressants !…j’espère 😉 ). Je vous ai fait un petit sommaire des différents points évoqués :

Les chiens commencent leur éducation dès leurs 2 mois en famille d’accueil qui les sociabilise et leur apprend des ordres. À leurs 18 mois (et jusqu’à leurs 24 mois), ils finissent leur éducation pendant ces 6 derniers mois au centre. À la fin, ils apprennent 52 commandes, rien que pour nous ! 😀

C’est à partir de ce petit paragraphe que je vais détailler, mais il faut commencer par le début. C’est-à-dire ? Le choix du chien bien sûr !

choix du chiot pour éducation

N’importe quel chien peut devenir un Handi’Chien ?

Tout chien ne peut malheureusement pas devenir un Handi’chien reconnu. Bien entendu, vous pouvez éduquer n’importe quel chien, à base d’éducation positive de préférence, pour qu’il vous rapporte un objet et bien d’autres choses. Cependant, Handi’Chiens est une association, reconnue d’utilité publique, mais surtout avec ses 4 centres labellisés. Ce terme est très important. Cette labellisation permet au chien d’être officiellement reconnu chien d’assistance et tous les avantages que cela implique (entrée autorisée, sans supplément et sans muselière partout, un V.I.P. en quelque sorte 😀 ). Ce n’est pas tout, sans cette labellisation, la MDPH ne peut pas nous accorder (nous, bénéficiaires du chien) une aide-animalière (50€/mois) pour nous aider à nous occuper de notre chien si spécial. Handi’Chiens est alors soumis à une règlementation assez stricte, notamment sur la santé du chien et de ses prédécesseurs. Ils ne peuvent donc pas choisir des chiots où les parents ont des maladies héréditaires ou encore présentes de forte probabilité d’être dysplasique (bien qu’il n’y ait pas que le caractère héréditaire). Je ne connais pas les détails, mais ceci pour vous dire que c’est règlementé. Il y a quelque temps, le centre Handi’Chiens de Vineuil à trouvé devant leur portail une boite en carton avec des chiots, un abandon, étant donné qu’on ne sait rien de leur passé et de leurs parents, ils n’ont pu devenir chien d’assistance. Je précise, car beaucoup (dont moi !) ont posé la question 😉

Bon OK la règlementation, mais sinon, comment ils sont choisis ?

Un éducateur Handi’Chiens vient à l’élevage faire des tests sur des chiots. Ils regardent ainsi leur comportement, leur sensibilité. Pas d’inquiétude, ils ne vont pas les faire travailler. Ils vont faire un peu de bruit, tendre un jouet, etc.. Ils testent s’ils sont sensibles, proche de l’homme, prêt à rapporter, tout doux et bien d’autres choses. C’est comme cela qu’ils vont sélectionner (ou non) un ou plusieurs chiots.

Ce ne sont que des Labradors et Golden Retrievers ? Pourquoi ?

golden labrador mouillé Les chiens d’assistances ne sont pas que des Labradors et des Golden, il y a d’autres races, en cours d’éducation, qui sont en tests dans les différents centres avec 2 chiens de : berger allemand (comme vous pouvez en voir pour les chiens guides d’aveugle), épagneul français et caniche royal.

Pourquoi le golden et le labrador ? Il y a plusieurs raisons.

  • Ils ont des têtes de nounours ! Pourquoi c’est si important ? Il faut déjà que le futur bénéficiaire n’ait pas peur de son chien. Ça parait idiot comme ça, mais c’est important 🙂 Ensuite, le chien est une manière de « masquer » le handicap, c’est un lien social. Il ne faut donc pas que les gens en aient peur ! C’est certes un avantage, mais parfois c’est compliqué puisque peu de personnes demandent et se permettent de l’appeler et caresser… Mais c’est un avantage certain leur tête de nounours 😀
  • Ce sont des Retrievers. Rapporter ? C’est dans leurs gênes. Remarquez que c’est quand même pratique quand on a un équilibre précaire ou en fauteuil et qu’on ne peut rien ramasser 🙂 Une des commandes faciles à apprendre puisque c’est inné. Reste à leur apprendre à ne pas mâchouiller les lunettes 😀
  • Ils ont une bonne taille. C’est tout aussi important. Puisqu’ils nous aident à allumer les lumières, ouvrir les portes, faire les échanges avec les commerçants, il ne faudrait pas qu’ils soient de la taille d’un chihuahua ! Vous comprenez aisément le problème, j’imagine 😉 Mais il ne faut pas non plus qu’il soit trop imposant pour rentrer facilement dans la voiture ou simplement pouvoir aller facilement partout avec lui.
  • Ils sont gourmands. Et ça, c’est pratique ? Bien sûr ! En éducation positive, lorsque le chien fait quelque chose de bien, il est récompensé ! Il y a plusieurs manières de le récompenser, mais plus c’est nouveau, ou difficile, plus la récompense sera attrayante. Vous devenez ? Des friandises ! Du moment que ça se mange, il sera content (bien sûr si vous variez, ça sera la surprise à chaque fois, encore mieux !). Et alors ? Il apprend plus vite pour avoir vite sa récompense. Ils sont malins 😉

Une fois le chiot sélectionné, qu’est-ce qu’il devient ?

Tout d’abord, la vie en Famille d’Accueil

C’est à 2 mois que commence son aventure avec Handi’Chiens. Il devient un Handi’Chiot, un futur chien d’assistance, un chien en formation. Il est confié à une famille qui se réunira toutes les 2 semaines, avec d’autres familles d’accueil (souvent appelée FA), pour suivre des cours d’une famille d’accueil déléguée. Cette déléguée a été famille d’accueil d’au moins un golden et un labrador et suit aussi des cours, des séminaires et est guidé par un éducateur d’un centre. La plupart des groupes sont comme cela, orientés, guidés par une déléguée et pas directement avec un éducateur. Le but étant de pouvoir avoir, déjà, des petits groupes, mais surtout, des familles partout en France et pas seulement proche des centres.

Le rôle ces familles d’accueil, de ces bénévoles, est primordial dans l’éducation du chien. Alors bien sûr, elles vont leur apprendre les bases, comme être propre et ne pas mordre. Les familles d’accueil vont suivre tout un protocole de quand et comment apprendre certaines commandes. Toujours épaulée par la famille déléguée. Elles ne peuvent pas leur apprendre les commandes qu’elles veulent, associé au mot qu’elles veulent ni de la manière dont elle le souhaite. Il faut respecter le chien et les directives d’Handi’Chiens. Dans un sens, il ne faut pas oublier que ce n’est pas leur chien, mais celui d’Handi’Chiens et que toute personne connaissant les commandes Handi’Chiens puisse le demander au chien et qui puisse le refaire. L’intonation est aussi très importante. Il est donc impossible que chacun lui apprenne comme il l’entend. Mais chaque chien avancera à son rythme. Cela parait strict, je m’en rends compte, mais je ne pense pas que cela le soit tant que ça. En tout cas, c’est justifié. Mais les familles ne sont pas laissées seules et sont épaulées, on leur explique au fur et à mesure. On ne leur donne pas un tableau et « Débrouillez-vous il faut qu’il sache faire tout ça pour telle date ». Bien souvent, les déléguées sont vraiment dévouées et sont joignables en dehors des cours… et pas seulement pour les familles dont elles sont responsables.

Elles vont également faire un énorme travail de sociabilisation. Il faudra, petit à petit, sensibiliser le chiot à un maximum d’objets plus ou moins bruyant et effrayant (comme ce monstre d’aspirateur !) pour qu’il s’y habitue et ne se sauve pas en courant au moindre parapluie ouvert dans la rue. Il n’y a bien sûr pas que les objets, il y a aussi les animaux et les lieux divers (olala des odeurs de nourriture !) où il faut apprendre au chien à bien se comporter, mais surtout à ce qu’il n’ait pas peur. Certains chiens n’ont pas peur, mais sont tellement obnubilés par ce qui se passe autour que même sur des commandes qu’ils maitrisent (chez eux) ils vont avoir du mal en extérieur. Tout ceci c’est une question d’habitude, de travail et de temps.

Les familles d’accueil doivent ainsi leur apprendre les bases de la vie, plusieurs commandes différentes, mais aussi un gros travail de sensibilisation. La patience et la gentillesse seront de rigueur et même indispensable pour réaliser tout ceci et avoir un chien bien dans ses pattes.

Ensuite, vers ses 18 mois, après avoir passé 16 mois avec lui, à le chouchouter et l’aimer, on a une grosse pensée pour ses familles d’accueil qui doivent remettre leur chien au centre, pour la grande école.

C’est quoi, la grande école ?

C’est l’étape au-dessus concernant l’éducation d’un Handi’Chien. L’Handi’Chiot a alors environ 18 mois. Il passe de la famille d’accueil au chenil au centre pour 6 mois. C’est la dernière ligne droite ! Les éducateurs vont vérifier et affiner ses compétences. Ils vont lui apprendre des commandes supplémentaires et les confronter à des situations différentes. Ils vont également pouvoir régler certains problèmes. Pour certains chiens, ça sera peut-être même la 1ère fois qu’ils verront un fauteuil et ils devront apprendre à marcher au côté de différents appareillages. Ils seront également emmenés en extérieur comme en ville et dans des magasins, avec ces appareillages. C’est également pendant ce temps que les éducateurs vont tester la sensibilité du chien, comportement pour savoir à quelle catégorie de chiens d’assistance il conviendrait le mieux et ainsi finaliser différemment sa formation. Il existe 4 types de chiens d’assistance au sein d’Handi’Chiens (mais ça sera pour un prochain article 😉 ).

Au bout de ces 6 mois, 2 options. La 1ère, la sympa, la plus fréquente : tout va bien, il est considéré apte à être remis, ou du moins proposé, à un futur bénéficiaire. La 2ème option, tout n’est pas acquis, il peut encore s’améliorer et là c’est soit en centre, 6 mois de plus, soit il retourne en famille avec un nouveau protocole à respecter. C’est à voir selon les chiens.

Pourquoi « proposé » à un nouveau bénéficiaire et pas « donné » ?

Chaque personne, humain, à son propre mode de vie et son caractère. Le chien aussi à son propre caractère. C’est pourquoi tout chien ne conviendra pas parfaitement à tout maître surtout lorsque celui-ci à un handicap. En théorie, peut-être que cela irait, mais autant avoir le meilleur binôme possible que ce soit pour le maître comme pour le chien. C’est pourquoi plusieurs chiens sont proposés au futur bénéficiaire, selon les informations que les éducateurs auront du futur maître et du chien, pour que le choix se fasse (mutuellement). S’il y a un coup de cœur, c’est encore mieux !

De toute façon, même une fois que le chien est choisit, il n’est pas acquis ! Handi’Chiens ne remet de chien qu’après le stage d’adaptation et de transmission.

Le stage est-il vraiment obligatoire ?

Complètement. Le stage dure 2 semaines. On y apprend déjà à s’occuper d’un chien (nettoyage, brossage, jeux, etc.), les 52 commandes (oui oui, tout ça) qu’il connait et comment lui faire faire. Les éducateurs nous expliquent l’éducation, comment le chien « fonctionne », sa logique, comme « lui parler », le comprendre et j’en passe. Le tout est très intéressant. Chaque jour, il y a un petit contrôle sur ce qu’on apprit la veille et le dernier jour… Contrôle final ! Théorique et pratique ! À la fin, on repart avec un diplôme 😀 C’est aussi ce système qui permet à Handi’Chiens d’être labellisé. J’explique un peu plus l’importance de la labellisation. Ça fait un peu scolaire comme ça, mais pas d’inquiétude si vous écoutez, ça passe crème ! 😉 C’est également un réel moment de rencontre, d’échange et de partage. Avant de partir, la famille d’accueil nous remet officiellement la laisse lors d’une cérémonie.

Pour un renouvellement, il n’est pas toujours nécessaire de refaire les 2 semaines. Cela dépend si les éducateurs (ou le maître) estiment nécessaire de le faire, mais aussi des réformes qu’il y a eu au sein d’Handi’Chiens, notamment des changements dans les commandes.

Un chien diplômé

Tout comme le nouveau bénéficiaire, on dit que le chien remis est diplômé, son éducation est finie. Il ne porte plus sa cape de « futur chien d’assistance », il n’est plus en formation. Il est remis et arbore fièrement son sac à dos ou sa cape « chien d’assistance ».

Et c’est fini, non ?

Toujours pas ! Même une fois remis au bénéficiaire, le chien reste un Handi’Chien et son propriétaire légal reste toujours l’association. La différence avec les familles d’accueil c’est que nous payons nous-mêmes tout ce qui touche au chien que ce soit le vétérinaire, les croquettes (les jouets bien sûr, mais c’était déjà le cas des familles d’accueil), etc., et que nous ne devons pas aller en cours toutes les 2 semaines. Nous nous en occupons à temps plein, mais Handi’Chiens (je parle au sens large, pas seulement le centre) reste une grande famille prête à nous aider. Il y a aussi un suivi annuel, le vétérinaire doit attester que le chien est en bonne santé. C’est une façon de préserver, de protéger le chien comme le maître. Si un maître ne prend pas soin de son chien, après avertissement, ou non selon la situation, Handi’Chiens peut lui reprendre provisoirement ou définitivement. Mais c’est aussi une manière de protéger le maître s’il se sent dépassé par les évènements, l’association peut l’aider, l’aiguiller ou finalement lui reprendre s’il estime qu’il n’est pas fait pour vivre avec un chien. Cela évite les abandons, les peurs, les maltraitances, etc. Handi’Chiens ne peut être au courant de tout, mais en théorie c’est comme cela. Un chien retiré d’une personne en situation de handicap peut être jugé apte à continuer son travail et être remis à un autre maître.

Appartient-il à Handi’Chiens jusqu’à la fin de sa vie ?

Mis à part en cas de coup dur et soudain, comme un accident, le chien se fera adopter et n’appartiendra plus à Handi’Chiens à partir d’un moment. Lorsque le chien cesse d’être un chien d’assistance, et devient un chien de compagnie, adieu les privilèges ! Après, si vous le gardez, n’en venait pas non plus à ne plus rien lui demander du tout, il en serait sans doute malheureux, mais, en fonction de sa santé, ne lui en demandait pas trop non plus. Ils peuvent être réformés pour des problèmes de santé ou des problèmes de comportement qui nuisent à son « travail ». Cela peut être détecté pendant son apprentissage ou une fois remis. Lorsqu’il est remis, si c’est une question de santé, mais que ça n’est pas néfaste pour le chien, l’association discute avec le maître et ils décident ensemble si le chien est réformé ou non, car là, il s’agira surtout de savoir si le maître peut apporter les soins nécessaires à son chien. Handi’Chiens est très bien conscient qu’une personne en situation handicap n’a pas forcément la capacité financière d’assumer un chien malade, leur but est de nous aider, pas de nous compliquer la vie. Arrivé à un certains âges, cela dépend du chien et de son état de santé, il se fait vieux et cela peut devenir compliqué pour lui de nous suivre partout, il faut le respecter et savoir dire stop, le comprendre, l’écouter. C’est avec la décision du maître, du vétérinaire et d’Handi’Chiens que le chien va entamer sa vie de retraité.

Réformé, retraité, mais qu’est-ce qu’il devient ?

Si le chien a été réformé jeune, alors qu’il était en pleine éducation, il est alors proposé à l’adoption. Si la famille d’accueil n’est pas responsable du sujet de la réforme, elle est prioritaire pour l’adoption. Si elle ne l’adopte pas, il est proposé à l’adoption. D’abord, parmi leur liste d’attente, puis à un plus grand public (vous pouvez voir des annonces sur Facebook). Ensuite, après quelques jours en essai chez les futurs maîtres, le chien n’appartiendra plus à Handi’Chiens et n’aura plus ses avantages. S’il est réformé après avoir été remis ou mis à la retraite, le même principe s’applique sauf que la priorité revient au bénéficiaire puis à sa famille pour garder contact avec le chien, ensuite, la famille qui l’a éduqué puis les autres.

Il faut bien se dire qu’on partage tous des moments forts avec son chien, qu’on soit famille d’accueil ou bénéficiaire. En tant que bénéficiaire, ou voudrait toujours le garder, mais en fonction du handicap (et des problèmes financiers), s’occuper d’un chien à la retraite et d’un 2ème chien (chien d’assistance) ce n’est pas toujours possible…

 

Ce sont des chiens qui suivent un parcours règlementé, certes, qui connaissent énormément de choses, mais qui vivent tout de même leur vie de chien. Ils sont sortis, baladés, ils ont leur moment de liberté, vont en forêt, ils jouent, etc. C’est aussi ça le respect du chien. De toute manière, on n’arrive à rien en considérant son chien comme un robot. Ils ont beau être bien éduqués, quand ils sont dans leur moment de folie, ils sont aussi fous et marrants que n’importe quel chien !! 😀

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